pas le seul. Il y a d'autres manières de voir le développement et surtout beaucoup de manières de fermer les yeux et de ne pas vouloir voir. Songhaï se doit de dialoguer avec d'autres sur leurs visions du développement pour faire avancer la réflexion. Ce travail n'est pas facile. La résistance au changement est plus forte qu'on imagine.
Il est important aussi que Songhaï soit patient, compréhensible et rigoureux dans son action de formation. C'est par-là, en continuant à former les leaders dont l'Afrique a besoin, à libérer des énergies, de la créativité parmi les hommes et les femmes d'Afrique que pourront reculer la misère et la résignation et que Songhaï fera bouger les choses et les conceptions, en relation avec d'autres.
Rendre les pauvres producteurs, tel est notre choix, notre leitmotiv en créant des conditions favorables de production, de formation, d'accès aux intrants, aux informations... C'est la raison d'être de Songhaï. Il s'agit pour nous de bâtir une nouvelle société basée sur un entreprenariat véritablement africain, où les hommes et les femmes peuvent vivre dignement et participer aux affaires mondiales. C'est en puisant dans son propre héritage, mais également en empruntant au monde des éléments qui lui conviennent - par absorption sélective- que l'Afrique pourra inventer de nouvelles valeurs plus pertinentes par rapport à la situation d'aujourd'hui qu'elle pourra être forte et heureuse. La mondialisation pour nous est d'abord le fait que le monde et toutes ses possibilités sont à nos portes et à notre portée.
EPILOGUE
C'était un soir, dans un désert. Une nuit sans espoir. Un profond sous-développement et un immense découragement qui ressemblait à l'Afrique dans ses pires jours. Il y avait là dans ce désert une très grande foule dont beaucoup de malades, d'estropiés, d'illettrés et des gens fatigués par le poids du travail et de la chaleur du jour.
Les disciples du maître dirent : « Qu'on les renvoie chez eux ! Nous n'avons pas eu la subvention promise. C'est une catastrophe ! Nous ne pouvons rien faire ! Qu'ils aillent en ville pour se débrouiller ! Qu'ils émigrent en Europe ! »
Mais le Maître répondit : « Quelles sont leurs ressources ? Allez regarder cela de près ! ». Ils répondirent : « Il n'y a pas grand chose : des jeunes qui savent un peu pécher, des femmes qui savent faire du pain? ». Le maître dit alors : « Donnez leur vous-mêmes à manger ; donnez-vous à eux de manière généreuse et radicale ; mettez-vous à leur service pour qu'ils apprennent à mieux s'organiser et à mieux produire et consommer, pour qu'ils se développent et aient des forces pour continuer leur voyage ». C'est ce qu'ils firent car ils avaient foi en la Parole du Maître.
Il y eut alors une multiplication des pains et des poissons. Chacun découvrit qu'il savait faire des choses par lui-même et qu'il pouvait apprendre à améliorer son efficacité avec le soutien des disciples. Chacun découvrit aussi qu'il pouvait en s'associant avec son voisin, dans un réseau, multiplier son efficacité et avoir un projet pour l'avenir.
Il y eut même des restes : 12 corbeilles selon les uns, 7 couffins selon les autres. Il y en avait même qui disaient qu'on trouvait des restes partout. Extraordinaire. Le maître demanda de ramasser tous ces restes pour les recycler et les réinvestir. Le but n'était pas de faire un coup d'éclat mais de mettre en route une histoire qui ne finirait pas, ce que les spécialistes appelaient le développement durable et les hommes religieux la dignité retrouvée. Les disciples firent cela et il parait que cela a marché et marche encore au grand émoi des sceptiques pour qui rien de bon ne pouvait venir d'Afrique ».
Que s'accomplisse ainsi la Bonne Nouvelle de la multiplication des pains en Afrique et partout où des hommes et des femmes sont dans la misère et le découragement ! Puisse Songhaï y être pour un tout petit peu !
TABLES DES MATIERES
Accepter d'ouvrir les yeux
Nos diversités sont nos richesses