un stimulant très puissant. La subvention de Songhaï a permis d'obtenir d'autres subventions et une très bonne mobilisation de capitaux. Ces entreprises ont généralement très bien réussi et constituent encore aujourd'hui les leaders du mouvement Songhaï. Ceux qui avaient reçu des prêts à la même époque ont eux aussi très bien réussi et ont remboursé très vite. Cependant, notons que par ces réussites, les jeunes ont connu des difficultés face aux jalousies de leur milieu. Un appui moral fort leur permet de résister.
Une nouvelle stratégie a été étudiée dès l'année suivante pour augmenter le nombre de fermes pilotes et entraîner le milieu agricole de manière significative. Il s'agissait de mieux aider au démarrage pour bien stabiliser l'exploitation et de mieux répartir l'aide selon les moments stratégiques pour le développement de l'entreprise agricole. Un autre objectif de cette nouvelle politique était de permettre aux fermes de réunir des capitaux à réinvestir pour l'extension des activités et développer la synergie entre secteurs.
Ainsi, les soutiens financiers de cette année là, ont été plus orientés vers les fermiers ayant fait leur preuve d'installation pendant au moins deux années sur le terrain. Il fallait s'assurer ici aussi de la capacité à faire valoir les investissements, soit par des autofinancements (résultats de l'accumulation de capitaux pendant les deux premières années), soit en assurant un suivi plus précis.
Il y a eu moins de prêts en 1997 ; ils furent réservés à ceux qui faisaient le second cycle de la formation (aujourd'hui dénommé « pré-installation ») sur les installations de Songhaï ou les sites de fermiers agréés par Songhaï.
Si tout se passait bien jusqu'en 1996, les difficultés de recouvrement des prêts ont commencé, lorsque le stage pratique se faisait non plus sur le site de Songhaï, mais sur la propre ferme des élèves et que certains avaient des subventions. Le taux de remboursement a chuté dramatiquement. Songhaï a dû se tourner vers d'autres partenaires : le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) de France, la Rabobank Foundation des Pays-Bas?
Un nouveau système a été mis au point en juin 2000. Un fermier formé à Songhaï et engagé de manière active dans le mouvement peut obtenir une aide ponctuelle pour faire face à des problèmes particuliers qu'il rencontre. Il peut aussi obtenir une aide plus importante après deux ans d'expérience pour accroître sa capacité de production en vue d'une réelle autonomie ou pour réinvestir dans un système de production plus complexe ; cette aide n'est cependant possible que si ce fermier affiche une capacité d'entreprenariat et est bien intégré dans le mouvement Songhaï. Il est aussi possible d'obtenir des prêts remboursables à partir d'un dossier particulier.
Ces différentes aides sont distribuées par un comité de financement qui visite l'exploitation et étudie le dossier. Ce comité est composé de membres de la direction de Songhaï et des représentants du réseau. Le bénéficiaire s'engage à rendre annuellement des comptes à ce comité et s'engager à être un leader actif au sein de sa région et du mouvement.
L'accent est donc mis sur l'insertion sociale et militante du fermier tout autant que sur ses compétences techniques et son projet. On retrouve là une illustration de la philosophie et de la vision Songhaï où le capital humain au service de la communauté est fondamental.
Le financement des appuis partiels ou plus larges se fait à partir d'un fonds alimenté par la Rabobank Foundation et par un fonds alimenté par une « Collecte pour les Jeunes Installés », opération animée par un groupe d'amis de Songhaï, basé en France.
L'histoire de Songhaï montre donc une évolution forte qui manifeste la difficulté du crédit aux entreprises agricoles et le besoin dans les premières phases d'une aide pour lever quelques-unes des contraintes qui paralysent l'agriculture en Afrique. Songhaï reconnaît les difficultés rencontrées et s'interroge sur la meilleure manière de faire. Nous sommes conscients que ces difficultés existent partout dans le monde. Le problème du financement des activités agricoles demeure un grand casse-tête même dans les pays développés.
Les dernières orientations prises essaient de pallier ces problèmes en insistant sur deux aspects en plus de la technicité : la solidarité inter-paysans à l'intérieur du mouvement Songhaï et la nécessité de l'engagement social et économique du demandeur d'aide. Le premier aspect introduit, à travers l'inter-connaissance, un facteur psychologique poussant à travailler de manière à ce que vos pairs vous apprécient et le second invite à la prise de responsabilité par rapport au milieu social. Les valeurs sociales sont ainsi mobilisées pour dynamiser la conscience du producteur et aider ce dernier à bien gérer ses crédits.
Ces éléments nous permettent aussi de reprendre les questions de l'aide et du remboursement. Les subventions qui sont accordées ne sont pas systématiques. Elles entrent dans une transaction sociale et sont à rembourser. Ce remboursement n'est pas nécessairement monétaire comme dans le cas du crédit classique mais il est aussi social et économique. Ce changement est fondamental tant au niveau des valeurs que de l'efficacité.
Il ne s'agit pas de donner des cadeaux mais d'échanger une somme de monnaie, dans certains cas, contre des services socio-économiques, à la communauté :
vulgarisation et démonstration auprès des jeunes (en particulier des élèves de Songhaï) et de toute leur région. Les résultats des fermiers aidés par Songhaï attirent beaucoup de paysans à croire à l'entreprise agricole ; c'est donc un moyen efficace de toucher ces agriculteurs et d'entraîner