à cause du manque de capital humain et organisationnel ?


Un processus de développement réel part souvent à l'opposé de ce qu'on croit. Il faut commencer à faire quelque chose et c'est cela qui attire les fonds. L'action attire les financements et non l'inverse car les investisseurs qui connaissent « leur métier » sauront reconnaître là un signe de dynamisme et seront plus enclins à choisir cette action dans leur politique d'aide et de coopération.


Les apports de capitaux sont un adjuvant essentiel quand la communauté (ou l'individu) qui reçoit, a une vision claire, formée et motivée de ce qu'elle veut et non pas seulement lorsqu'elle est intéressée par ces fonds. C'est la prise en compte de cette seule dimension - l'intérêt pour la subvention - qui conduira au non remboursement et à l'irresponsabilité. Cette dernière est souvent favorisée par les bailleurs de fonds qui cherchent à utiliser leur argent sans se soucier de la préparation du milieu récepteur, n'accordant leur aide que sur la présentation de projets bien rédigés selon leurs critères.


Là encore, il urge de dénoncer les projets « gobe finances », qui ne servent qu'à la promotion de leurs promoteurs - pour des raisons politiques ou de simples valorisations personnelles - et qui ont bien souvent la bénédiction de bailleurs de fonds - publics ou ONG - qui trouvent là des actions pour justifier leur existence (et leurs nouvelles collectes de fonds). Ces projets, bien remplis en conformité avec les exigences du bailleur de fonds, exprimant des besoins correspondant bien à ce que celui-ci peut financer (et non pas les besoins réels des gens) ne rendent pas service à l'Afrique et aux Africains. Ces projets « gobe finances » sont hélas trop nombreux et utilisent les ressources rares qui pourraient être mobilisées par des communautés qui ont besoin de soutiens financiers pour poursuivre leur dynamique de développement. Il y a là une incohérence et une inconséquence incroyables qui polluent tout le champ du développement.


La complicité entre bailleurs de fonds et rédacteurs de projets « gobe finances » est fréquente et la faute est partagée. La question est ainsi moins la nationalité du bailleur de fonds que la qualité de ce dernier et sa capacité à nouer des relations de partenariat qui soient au service des populations et du véritable développement. Pour tout dire, c'est son honnêteté en ce qui concerne sa préoccupation pour un développement véritable qui compte vraiment.


Le partenariat international


Le financement international et l'aide financière internationale ne s'imposent que parce qu'il y a peu de particuliers ou d'institutions africaines suffisamment riches et motivées pour le développement. Il y en a peu? mais il en existe cependant qu'il faut savoir solliciter et mobiliser. L'absence d'actions de solidarité mobilisant des personnes aisées en Afrique - ou pour le moins, le petit nombre de celles-ci - est un signe qui devrait nous inquiéter tous. Cela constitue un défi à relever. Les privilégiés du continent devraient mettre leur honneur à s'engager pour l'avenir de l'Afrique et non pas fuir, comme des coupables, hors des lieux de leurs origines. Je ne vois pas comment on peut gagner le pain du développement si les africains n'affichent pas clairement leur engagement et un esprit de solidarité agissante. Songhaï veut être un leader dans la mobilisation des ressources à l'intérieur du continent. Notre force n'est pas dans la quantité d'argent reçu pour nos actions (input driven) mais dans notre capacité à nous procurer, par nos activités productives, une grande partie de nos moyens (output driven). L'ambition des membres de Songhaï est de développer des forces techniques, organisationnelles et financières pour maîtriser, dans une large mesure, des défis techniques et financiers dans leurs projets.


Les finances publiques nationales peuvent être aussi mobilisées pour des actions car elles existent. Elles sont souvent difficiles à obtenir car elles sont pour la plupart du temps un instrument politique pour fidéliser la clientèle électorale mais elles peuvent cependant venir appuyer certaines actions. Les gouvernements nationaux sont parfois contraints par la notoriété internationale d'un projet de participer ; cela a joué un peu avec Songhaï. Notre mouvement a pu mobiliser en partie des aides publiques venant compléter d'autres financements tout en restant en dehors des jeux électoraux nationaux, internationaux et géopolitiques.


La coopération avec le secteur public national requiert autant de prudence que la coopération avec les gouvernements étrangers ou les ONG. Songhaï a la fierté d'avoir pu imposer sa vision dans les débats nationaux et d'éviter de se faire absorber à la fois par les politiques locales et par les étrangers donateurs d'aide. La participation à des politiques partisanes est à éviter à tout prix. Tout le monde est appelé à participer si la durabilité et l'équité sont des préoccupations majeures.


C'est la notion même de coopération qui doit être clarifiée. La coopération est la recherche d'intérêts mutuels en mettant des forces en commun. La coopération ne sera équitable, juste et utile à tous, que si elle repose sur la notion de partenariat.


Entrer en partenariat suppose de partager une même vision. C'est ce qu'il faut d'abord vérifier avant de s'engager. Chacun verra avec un point de vue particulier qui entrera alors, en synergie et en complémentarité avec celui des autres. S'il n'y a pas accord sur ces principes, il est impossible d'accepter le partenariat et par conséquent, les fonds proposés.


Songhaï a été critiqué par certains bailleurs de fonds et des organismes étrangers contestant à priori notre manière de faire, exigeant des résultats quantifiables au bout de deux ans alors que nous sommes dans un processus de développement humain donc dans du long terme. Ces bailleurs de fonds nous donnaient quasiment des ordres sur ce que nous devions faire - « si vous ne faites pas ceci de telle manière, nous ne pouvons vous financer »- ce qui nous a conduit à renvoyer une ou deux fois des sommes d'argent importantes car nous ne voulions pas nous « prostituer » devant des aides financières. Nous avons toujours voulu rester au volant de notre action et cela nous a privé, non seulement de soutiens dans nos actions, mais nous a en plus, créé pas mal de problèmes?