gonflent » de leurs quelques connaissances ce qui entraîne des dégâts.
Ils ont aussi des yeux pour observer et inventer
L'intelligence commence par l'observation des réalités qui nous entourent. Il importe que cette habitude de regarder devienne pour chacun de nous une manière de vivre, une culture de vie. C'est elle qui nous permettra de développer la confiance en soi et fera reculer les contraintes. Quand je suis au volant de ma voiture, la solution vient de moi et pas des autres. Je vais alors développer ce réflexe d'observation, car je suis au volant et personne ne regardera partout à ma place en fonction de ce que je vise.
L'environnement aide à être éveillé, à chercher, à voir loin, à s'intéresser à tout ce qui entoure et cela crée la passion.
Chaque peuple ou communauté a tout intérêt à se trouver dans cette dynamique s'il veut survivre et se développer : le prix de la liberté, c'est la vigilance perpétuelle. Le sens de l'observation est ainsi capital, mais il est peu éduqué : on lui préfère la répétition, la récitation des choses du passé, l'assurance du déjà dit.
La capacité d'observation permet de voir ce qui n'est pas normal, c'est-à-dire ce qui ne cadre pas avec l'image de succès pour lutter contre l'entropie, le désordre. C'est ainsi qu'un tuyau perforé, un animal malade, un bananier cassé?interpellent immédiatement, car ils font tendre l'organisation vers l'entropie - c'est-à-dire vers la mort - si rien n'est fait contre. Etre en éveil à tout moment permet non seulement de sortir ses antennes qui signalent tout ce qui est contre le succès, mais aussi fait rentrer dans nos arènes de nouvelles informations et possibilités.
C'est cette attitude observatrice qui permet de voir facilement ce qui ne va pas, ce qui n'est pas à sa place, ce qui n'accentue pas ce mouvement d'ordre et de succès et qui doit être combattu par des moyens appropriés.
Mais le processus ne s'arrête pas là. Il est nécessaire de partir de l'observation, d'inventer pour augmenter les services et les biens, pour vaincre la passivité et la résignation. On peut prendre un exemple dans la pisciculture.
Pour l'élevage des poissons, il a fallu trouver un système de production qui ne coûte pas cher car l'Afrique est pauvre et la compétition nous pousse à trouver des moyens moins chers que les autres pour survivre. Je regarde, j'observe les poissons, je lis, je fouille partout pour comprendre leur comportement et il est facile de voir que dans la nature, le poisson se nourrit de plancton, surtout de zooplancton. L'idée vient alors de produire des larves des insectes, riches en protéines. Avec la chaleur, les insectes et l'humidité dont nous disposons ici en Afrique, il est facile de convertir ce qui pourrait sembler être une contrainte en opportunité. Des « asticoteries » sont mises en place. Grâce à une technique de production simple, issue de l'observation de la nature, on récolte aujourd'hui jusqu'à 6 tonnes par mois d'asticots à Songhaï, pour les poissons et également pour l'élevage des dindons, des cailles et autres volailles, animaux à haute performance biologique qui ont besoin d'un taux élevé de protéine.
Un autre exemple peut renforcer la compréhension de la place de l'observation à Songhaï. Le biogaz chinois était le modèle en vogue dans la région lorsque nous nous y sommes intéressés. Mais son utilisation posait des problèmes : en observant ce qui se passait, j'ai découvert que la production des bactéries était inversement proportionnelle à la pression. Plus il y a de pression, moins il y a de performances des bactéries, et vice versa ; et plus il y a de pression, plus il y a d'effluents refoulés du digesteur entraînant une perte énorme en bactéries. On a alors modifié la sortie du biogaz de manière à ce que les effluents restent dans le digesteur pour y maintenir les bactéries ; et en évacuant le gaz par pompage, on diminue rapidement la pression, augmentant ainsi et la colonie et les activités des bactéries. Tout cela converge vers une augmentation de la productivité.
Ainsi, l'observation permet de fabriquer des idées nouvelles et d'avancer. Sans cela l'Afrique restera pauvre. Songhaï veut être un lieu où existe une certaine ambiance pour créer ce réflexe de l'observation et de l'innovation. L'Afrique a besoin de cette recherche « aux pieds nus » où beaucoup de gens sont appelés à participer.
Le schéma ci-après précise l'importance de tenir compte de la science et de la technologie, pour créer des richesses qui répondent aux besoins et désirs de l'Homme :